Libellule (2014)

Note d’intention

Libellule, pour clarinette basse hybride, ensemble et dispositif électroacoustique c’est le fruit d’une très belle collaboration avec Alain Billard (clarinette), il s’agit du deuxième travail de composition du cycle intitulé « Manglar » sur lequel je travaille sur l’idée d’une diffraction de l’espace de représentation acoustique et musicale, et je recherche dans l’écriture électroacoustique la manière de symboliser, d’accentuer et de matérialiser ces séparations.

La sonorisation, et l’utilisation des haut-parleurs comme des sources acoustiques, permettent de développer une plasticité de l’espace sonore et de rapprocher le spectateur du son instrumental rendant audibles les variations de timbre les plus infimes. Ceci permet d’élargir le champ d’action sonore du geste instrumental et de constituer par la proximité du microphone une nouvelle forme de relation physique entre l’interprète et son instrument qui peut être pensé alors comme un espace chorégraphique.

Ce projet a été développé pour la clarinette basse hybride (Selmer) jouée par Alain Billard, prototype issu de sa collaboration avec l’équipe de l’ANR IMAREV (resp. Adrien Mamou-Mani) à l’Ircam. Grâce à un système comprenant une captation et une diffusion embarquées, cet instrument est capable d’émettre des sons hybrides, à la fois acoustiques et traités informatiquement en temps-réel, sans branchement sur une enceinte externe.

Libellule est conçue comme un diptyque de grande vitalité jouant sur des structures rythmiques complémentaires entre le soliste et le dispositif électroacoustique, ou le soliste et les 6 instruments de l’ensemble de chambre et le dispositif électroacoustique. L’utilisation des sons percussifs dans la clarinette avec un travail précis sur le timbre l’articulation ainsi que la gestuelle du musicien est utilisée pour construire une poly-rythmique qui sera soulignée par le travail d’orchestration.

Ce projet s’inspire de l’écoute et de l’analyse des enregistrements des musiques de la côte pacifique Colombienne, en particulier de la construction mélodique et rythmique du jeu traditionnel de la Marimba de Chonta.

La couleur diatonique micro tonale est différenciée pour chacun des registres de l’instrument, et par ailleurs la sensation de gravitation modulante produite par plusieurs pulsations rythmiques superposées et décalées à l’intérieur d’une seule texture instrumentale, produit un effet de mobilité élastique en continue que j’ai souhaité développer et approfondir avec la Clarinette Basse dans la réalisation de Libellule.

L’ensemble instrumental de Libellule est constitué par deux groupes instrumentaux sonorisés et mis en espace dans l’espace des haut-parleurs : le premier associant la flûte, l’accordéon et la première percussion; et le deuxième, le violon, la contrebasse, la deuxième percussion. L’utilisation des combinaisons de ces instruments dans l’orchestration, ainsi que la mise en espace permettra de souligner les divergences des timbres créés par la poly- rythmique de la clarinette soliste et de créer ainsi une mobilité des gestes musicaux dans l’espace acoustique et l’espace des haut-parleurs.

Je remercie vivement les conseils d’Adrien Mamou-Mani, Markus Noisternig, Fréderic Bevilacqua et Norbert Schnell à l’IRCAM.

Libellule est dédiée à Alain Billard.

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